Ça va ? Il fait un peu frais, non ?






 Au début de ce mois de mai est sorti chez Le Lézard Noir un joli pavé intitulé Sex & Fury.

Alors non, ce n'est pas le roman photo basé sur la sex tape de Samuel L. Jackson (*rires*) mais bien une compilation d’œuvres de Bonten Tarô, empruntant son nom au titre d'une des adaptations ciné (signée Suzuki Norifumi) d'Inoshika Ochô, personnage créé par l'auteur et bien entendu présent dans cette anthologie (oui, je radote). 



 


Première chose, l'objet en lui-même est très classe. Couverture agréable à prendre en mains, belle reliure et lettrage en creux. Un contenant à la hauteur du contenu.
En introduction, on en apprend beaucoup sur Bonten Tarô (ses débuts en dessinateur de kamishibai, le rythme infernal de la vie d'un mangaka de l'époque, sa vie de tatoueur errant...), notamment grâce à l'interview qu'il avait donnée à Udagawa Takeo, auteur de cette bible du manga vintage/underground qu'est Manga Zombie (マンガゾンビ).
Après de magnifiques planches sur le tatouage et un peu de Charlie Sheen, le sexe et la violence promis déboulent à tout berzingue. Comme présenté au billet de scans précédent, le style de Bonten est tranchant et hypnotique, ses histoires pulps au possible (tatouages, yakuza, horreur, guerre et Mishima).

Il faut vraiment saluer le monstrueux boulot de compilation effectué. Car Le Lézard Noir aurait pu jouer la feignasse (lézarder ? *rires²*) et ne faire que traduire ce que le Bonten Gekiga Kai avait déjà édité. Et avec un auteur aussi prolifique que Bonten Tarô, c'eût été dommage. Mais il n'y a heureusement sur ces 448 pages de gekiga qu'un seul doublon (Les Vers) qui, contrairement au recueil japonais, présente l'histoire telle qu'on pouvait la trouver dans le magazine à l'époque, avec les premières pages en couleurs.
On imagine alors très bien les heures passées à fouiller le plus petit recoin des librairies d'occasion à traquer le moindre numéro de Manga OK ou Black Ace.



Le recueil se termine sur une série d'illustrations du maître issues de magazines, servant de page-titre à des histoires non publiées dans le présent volume.
A se procurer d'urgence. Vite. Maintenant. Hop, hop, hop !

Le prochain gros morceau prévu au Lézard Noir est une anthologie d'Ishinomori Shotaro (石ノ森章太郎) mêlant sexe et science fiction  : Eros X SF.
Vivement.





Une prochaine fournée de scans de vieilleries sous peu ! (Ou peut-être de la musique.)



Vous reprendrez bien un peu de blanquette ?

La lumière fonctionne toujours en ces lieux, c'est déjà ça.
De nouveau un magistral trait d'esprit polyglotte (à double couche cette fois) en guise de titre pour annoncer la troisième fournée de scans de couvertures de mangas. Et de nouveau, pas mal de vieilleries.
Et des bonus !

Nihon no Don (日本の首領, Le Parrain du Japon), première moitié des années 80.
C'est l'adaptation manga en six tomes de romans d'Iiboshi Koichi (飯干晃一), avec Jôno Akira (城野晃) au dessin, calquant son intrigue sur la vraie vie du troisième oyabun/kumichô du clan Yamaguchi, Taoka Kazuo, connu comme le Parrain des parrains. Ces romans ont avant été adaptés au cinéma en une trilogie au casting 5 étoiles (Mifune, Tsuruta, Chiba, Sugawara, Matsukata, …) et réalisée par Nakajima Sadao. C'est aussi à Iiboshi que l'on doit les romans à l'origine de la série des Combats Sans Code d'Honneur.







Cobra (コブラ), années 80.
Bon, pas besoin de faire les présentations pour celui là. Ce sont les 18 tomes des aventures du Bébel intersidéral par Terasawa Buichi (寺沢武一) parus chez Jump Comics.

 



Hitler Ojisan (ひっとらぁ伯父サン)
Loin de L'Histoire des 3 Adolf de Tezuka ou du Hitler de Shigeru Mizuki, nous voilà en présence d'une compilation d'histoires à l'humour très noir sortie en 1979 : un japonais ressemblant trait pour trait au führer qui lève une armée de gamins de son quartier, parodie des camps à la clé ; un groupe de japonais en visite à Hong Kong, dont un ancien militaire fier de ses exactions à Nankin et qui finira en "canard laqué"... C'est signé par un des deux auteurs responsables de Doraemon : Fujiko Fujio Ⓐ (藤子不二雄) .
A noter aussi une super histoire très 4ème dimension ayant pour base le tableau Le Château des Pyrénées de Magritte.




Prince Shotoku (聖徳太子) de Kai Takizawa (滝沢解) au scénario et Fukushima Masami (ふくしま政美) au dessin, 1977/1978.
Ou comment transformer le sage propagateur du bouddhisme au Japon en un être surhumain avide de vengeance d'outre-tombe via l'ultra-violence et le sexe. Aussi inclus bataille de foutre, monstre féminin accouchant de nuées de scorpions, dinosaures intersidéraux et autres éléphants lance-missiles.
Tout cela bien-sûr dans le style 'fleshbomb' propre à Fukushima Masami.


Quelques photos-extraits :




Poursuivons avec deux recueils consacrés à Bonten Tarô (凡天太郎), œuvrant aussi dans le gekiga.
Il fût à la fois tatoueur, mangaka, créateur de mode (Mohamed Ali fit appel à lui pour créer un de ses peignoirs) mais aussi chanteur (se débrouillant pas mal en crooner enka) puis peintre.
Bonten Tarô a un style inimitable, le trait ultra précis dû à son travail de tatoueur rendant ses œuvres hypnotisantes.
Le premier recueil de ces œuvres des années 70 est une compilation d'histoires de loubardes, dans la veine des pinky violence de la TOEI. Plusieurs personnages du maître antérieurs à cette vague de films vont d'ailleurs connaître les joies de l'adaptation sur grand écran comme Inochika Ochô (Sex & Fury, Female Yakuza Tale, Delinquent Boss : Ocho the She-Wolf ) ou Halfblood Rica, le temps de trois films.




Le second compile des histoires d'horreur, non sans rappeler les publications EC Comics. D'ailleurs l'éditeur responsable de ces publications, l'excellent Bonten Gekiga Kai, y fait plus qu'allusion en quatrième de couverture.
(Deux autres recueils du travail du monsieur seront bientôt mien, un à base de ninjas, l'autre de boxe et une anthologie d’œuvres de Bonten Tarô est prévue chez nous pour le mois de mai chez Le Lézard Noir.)




Pour finir, quelques couvertures de mangas signés de ce joyeux luron de George Akiyama (ジョージ秋山).
D'abord, datant de 1970/71 dans sa réédition de 2006, Ashura (アシュラ), l'histoire étouffante d'un très jeune garçon durant un Japon médiéval miné par les famines successives. Le manga fût interdit dans plusieurs préfectures de l'archipel en raison de son illustration du cannibalisme (notre 'héros' manquant de se faire manger par sa propre mère d'entrée de jeu...). Aucune lueur d'espoir pour qui que ce soit tout au long de ces deux tomes mais les dessins sont mignons, alors ça va.
Il y a eu une adaptation en long métrage d'animation en 2012 et elle est très décevante. Sur le fond d'abord : sous couvert de la trahison nécessaire à chaque adaptation, des énormes contresens sont faits vis-à-vis de l'esprit du manga. Décevante, elle l'est aussi sur la forme : la 3D et l'effet d'estampe fonctionnent bien sur pas mal de plans, leur conférant une certaine puissance visuelle mais rendent certains personnages totalement artificiels, notamment Wakasa, fille dont Ashura tombe amoureux, et cela gâche l'ensemble.




Toujours de 1970/71 (réédition de 2007), Zeni Geba (銭ゲバ, le grippe-sous/le pouvoir de l'argent), une nouvelle histoire dépeignant les côtés les plus abjects de la nature humaine. On suit le parcours de Gamagôru Fûtarô, petit homme difforme qui, suite au décès de sa mère qui aurait pu être sauvée s'il avait pu payer l'opération, décide de grimper l'échelle sociale coûte que coûte. Drapé dans un cynisme à toute épreuve et laissant derrière lui un monceau de cadavres (fabriqués de ses propres mains d'abord puis indirectement ensuite en devenant propriétaire d'une usine polluant l'environnement), il finira par atteindre son but.
Comme dans Ashura, la moindre lueur d'espoir est vite éteinte par un revirement encore plus noir que le précédent et malgré quelques pertes de rythme (comme dans Ashura), la fin vous laissera totalement désabusé.





Kaijin Gonzui (海人ゴンズイ, Gonzui le pêcheur/l'homme des Mers), de 1984 dans sa réédition de 2009. Encore une histoire d'enfant sauvage (ici un enfant noir tombé lors d'une tempête d'un bateau négrier dans lequel il était enfermé dans un tonneau) qui va apprendre à ses dépens à ne pas faire confiance au genre humain. Le tout en chevauchant un requin qui vole (les dessins de la faune marine sont dignes de planches éthologiques). Mais cette fois, en plein milieu de l’histoire, Akiyama en a marre (ou s'est aperçu qu'il avait déjà raconté ce genre de chose) et décide de transformer tout ça en polissonnerie à la Nagai période Harenchi Gakuen (ハレンチ学園) alors que notre héros cherche à se faire des amis.
Cette édition contient en bonus une histoire père/fils de chasse à la baleine.




Y'en a un peu plus, j'vous l'mets quand même ?
En bonus track, quelques couvertures de mooks (c'est comme des livres mais mous).
Un sur le genre pinky violence, 東映ピンキー・バイオレンス浪漫アルバム (Tôei Pinky Violence Rôman Album), avec fiches de films et interviews de réalisateurs (Ishii Teruo, Suzuki Norifumi, Sekimoto Ikuo...) En noir et blanc avec quelques pages d'affiches/produits dérivés en couleur.



Un autre, 別冊映画秘宝実録やくざ映画大全 (Bessatsu Eiga Hihô Jitsuroku Yakuza Eiga Taizen), intégralement en noir et blanc cette fois, sur la vague jitsuroku (~histoires vraies) des films de yakuza des années 70, de la série des Combat Sans Code d'Honneur (仁義なき戦い) aux films avec /basés sur la vie d'Andô Noboru en passant par ceux traitant du clan Yamaguchi comme Yamaguchi-gumi Sandaime (山口組三代目).




Et pour terminer, 東宝特撮映画大全集 (Tôhô Tokusatsu Eiga Taizenshû), sur le roi des monstres et les films à effets spéciaux de la Tôhô, du premier Godzilla (ゴジラ) à Godzilla : Final Wars. Le mook est à l'échelle du lézard atomique (26x37), entièrement en couleur, composé des affiches des films, du casting et d'anecdotes sur les monstres ou le tournage.
(Des photos cette fois, vu la taille de l'engin.)



A l'année prochaine !
(Ahah.)